Adrien Abauzit réplique aux historiens Dreyfusards

jeudi 15 novembre 2018 | Adrien Abauzit | 0 commentaires

Réplique aux historiens dreyfusards

« L’affaire Dreyfus – on l’a écrit – est une affaire d’honneur, mais cet honneur revient aux vaincus, à trois d’entre eux surtout : Cavaignac, Roget et Cuignet. Ce sont eux qui ont sauvé Dreyfus en révélant le « faux Henry » qu’ils étaient seuls à pouvoir découvrir et les seuls à pouvoir dénoncer. Sans doute, ce faux, postérieur à la condamnation, n’avait en rien pesé sur elle, mais, bien exploité par les dreyfusards, il devait jeter sur elle une suspicion telle que la révision s’en trouvait imposée par le fait même.
Ce risque, ces trois hommes ont accepté de le prendre par simple respect de la vérité et leur attitude a été d’autant plus héroïque que, convaincus de la culpabilité de Dreyfus, ils ont maintenu haut et fort leur position sur « l’affaire ». Aussi ne leur a-t-on su aucun gré de leur loyauté mais, bien au contraire, ils ont été l’objet d’avanies, de persécutions, et leur carrière s’en est trouvée brisée.
Modèles de grandeur morale et d’abnégation, ils ont, en échange obtenu devant l’histoire que la plus haute des justices, « cette fugitive du camp des vainqueurs », rejoigne leurs rangs. Elle veille toujours sur leur souvenir. Sachons le conserver nous aussi. »

Yves Amiot

La Société internationale d’Histoire de l’Affaire Dreyfus (SIHAD) – dont je découvre ainsi l’existence et qui, semblerait-il, est au niveau des institutions la crème de la crème en matière de spécialisation dans l’Affaire – m’a fait l’honneur de répondre à mon livre, dans un article intitulé « Un ersatz d’Henri Dutrait-Crozon ».
Voyons par quels arguments la réplique m’est portée.
Je souligne que la SIHAD mentionne en fin de texte une erreur matérielle que j’ai commise, en écrivant que ce que j’appelle la « pièce mystère » n’était pas évoquée lors des débats judiciaires. J’ai remarqué cette erreur à la fin du mois d’août en relisant le Précis de l’affaire Dreyfus. Cette erreur sera corrigée lors de la prochaine impression du livre. Je laissais supposer que cette pièce pouvait un être une « farce » de Marcel Thomas, je retire donc mon propos et je m’en excuse. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est totalement secondaire et que cela ne change rien à mes conclusions, tant sur cette pièce que plus largement, sur l’Affaire.
Comme je sais qu’il y a des gens biens partout, je remercie la SIHAD de faire ma promotion auprès d’un public dont on peut supposer qu’autrement il n’aurait jamais entendu parler de mon ouvrage. Les plus curieux parmi ceux-ci iront au-delà de l’attaque et se pencheront sur mes travaux.
Le texte publié sur le site de la SIHAD est long. Il attaque non seulement mon livre mais aussi ma personne, avec pour ton une sorte de condescendance teintée de mépris dont le lecteur jugera si elle est fondée ou si elle est un faux-fuyant provoquée par une irritation non contenue.
Je tenterai d’être exhaustif, en séparant les deux types d’attaques, tout en précisant d’ores et déjà que l’argumentation de la SIHAD est en contradiction sur plusieurs points avec la plaidoirie de Maître Demange au procès de Rennes, et avec des spéculations de Marcel Thomas, pourtant référence suprême de l’histoire dreyfusarde…
J’avertis le lecteur que certains passages ne parleront qu’aux personnes ayant préalablement lu mon livre.

I Sur les attaques ad hominem

Du bon usage du Point godwin

D’un point de vue général, la SIHAD ne cherche pas à dissimuler l’antipathie que je lui inspire. Guidée son sens de la mesure, elle essaie de me flatter en me présentant – tant qu’à faire – comme un abruti d’extrême droite, malhonnête, partiale, incapable de rigueur, quasi-analphabète.

Sur Pétain

La SIHAD ne peut m’attaquer par l’angle de l’antisémitisme, d’une part, parce que j’y suis étranger, et d’autre part, parce que je rappelle les condamnations du magistère de l’Eglise à ce sujet.
Fort heureusement pour elle, pour me « godwiniser » il lui reste une branche à laquelle se rattacher : Adrien Abauzit a défendu le maréchal Pétain !
Pour un lecteur baby-boomer de gauche, le débat s’arrête ici et je suis pulvérisé : puisqu’Adrien Abauzit a défendu Pétain, c’est que c’est un « facho », et si c’est un facho, c’est qu’il est un fasciste/raciste doublé d’un abruti. Ses travaux sont donc sans valeur. Fermez le ban.
Auprès de ce que je suppose être son public, la SIHAD vise dans le mille : je suis godwinisé, archi-vaincu.
Mais Mesdames et messieurs de la SIHAD, apprenez ceci : si le magistère de l’académisme républicain est encore un peu le présent – puisqu’il structure l’esprit des baby-boomers – , il n’est pas l’avenir ; et si les Français refrancisés ne sont pas encore le présent, ils seront l’avenir. Leur nombre grandit chaque jour qui passe tandis que les esprits gagnés par ce que j’appellerai dans un ouvrage ultérieur la gauche mentale diminue. La jeunesse en particulier – à l’exception il est vrai des jeunes bourgeois de gauche – se moque royalement des « godwinisations ». Loin de se laisser convaincre par ce genre d’argument, elle sait au contraire qu’il faut y voir un procédé facile et ostracisant visant à anéantir socialement un individu jugé indésirable par le conformisme républicain et le politiquement correct. Dès lors, chers amis de la SIHAD, pour convaincre la jeunesse refrancisée ou en cours de refrancisation, il faudra utiliser autre chose.
En ce qui me concerne, je suis fier de défendre le maréchal Pétain, parce que les attaques portées contre lui sont mensongères et parce que sa diabolisation est une arme de destruction contre la France.
C’est dit.

Sur la République

Effectivement, je ne suis pas républicain. Qu’est-ce que cela signifie ? Je me plie à la doctrine exposée par Léon XIII dans Immortale Dei.
Concernant un régime politique, ce qui importe n’est pas sa forme, mais son fond. La forme républicaine du gouvernement de la Ve République est indifférente. En revanche, son fond idéologique – qui est la Révolution – est condamnable. On en voit d’ailleurs aujourd’hui tous les fruits néfastes.
La République n’est donc pas condamnable parce qu’elle est république, mais parce qu’elle est Révolution. Si demain la forme républicaine des institutions divorçait de la Révolution, je n’y trouverais rien à redire.

Un livre de combat ?

Il m’est opposé que mon ouvrage serait un livre de combat. Je plaide coupable. Mais je ne vois pas en quoi cela est disqualifiant, car ce n’est pas synonyme de mauvaise foi. Du reste, mes contradicteurs ne sont-ils pas eux aussi dans un combat contre l’obscurantisme et la Bête immonde ?

Sur ma condition de non-historien

A plusieurs reprises, la SIHAD laisse entendre que je me prétendrais historien : « Notre historien… ». Ceci est fort curieux car je n’ai jamais revendiqué ce titre. Je note que lorsqu’un avocat comme Jean-Denis Bredin écrit un ouvrage « faisant référence » sur l’Affaire, cela ne gêne en revanche personne dans le camp dreyfusard. Passons…

« Brûler n’est pas répondre »

La SIHAD a choisi de fonder une part substantielle de son argumentation en tentant de décrédibiliser ma personne, veille technique sur laquelle Schopenhauer a brillamment écrit.
Cela commence d’ailleurs dès le titre. Fort galamment, la SIHAD me qualifie d’ersatz, mot que le dictionnaire Larousse définie ainsi : « Produit de consommation destiné à remplacer un produit naturel devenu rare ; Imitation médiocre. »
Bref, je suis médiocre. Mes contradicteurs sont parfaitement libres de le penser, mais ce type d’attaque ad Hominem n’accroîtra pas l’autorité de leur propos, en tout cas, pas auprès des personnes qui me suivent ou des Français refrancisés.

Sur mon soi-disant recours aux seules sources antidreyfusardes

A plusieurs reprises, la SIHAD m’oppose le fait que je n’aurais utilisé que des sources antidreyfusardes : « Travailler sur un corpus uniquement antidreyfusard et de deuxième ou troisième main », « il se réfère essentiellement à Figuéras, Delcroix et Dutrait-Crozon », « Si Adrien Abauzit avait lu autre chose que Figuéras, Delcroix et Dutrait-Crozon, s’il était revenu aux sources ».
Cette critique paraîtra particulièrement curieuse à qui a lu mon livre, car l’essentiel de mes notes en bas de page provient non d’auteurs dreyfusards ou antidreyfusards, mais des enquêtes et débats judiciaires.
Concernant les historiens dreyfusards à proprement parler, j’ai compté 28 notes de bas de page visant Marcel Thomas, 12 visant Jean-Denis Bredin, 5 visant Joseph Reinach. Tantôt je les cite pour les réfuter, tantôt pour y tirer des éléments factuels intéressants.
De même, je cite de longues pages de Mathieu Dreyfus. J’ai compté aussi plus de 30 notes de bas de page visant des dépositions de Picquart, 16 de Bertulus, 8 de Dreyfus etc.
Il ressort que l’accusation répétée de la SIHAD est si contraire à la réalité qu’on en vient à se demander si l’on parle du même livre.

Sur l’usage de sources antidreyfusardes

J’ai effectivement utilisé des sources antidreyfusardes. A ma connaissance, ce n’est pas interdit pas la loi, surtout quand les travaux en question sont solides (je laisse le lecteur en juger). Ce n’est pas parce qu’une œuvre est qualifiée d’antidreyfusarde qu’elle perd en rigueur, en qualité et qu’elle devient inutilisable.
Pour autant, j’ai su aussi marquer des différences avec ces auteurs. Contrairement à Monique Delcroix, je me prononce pour la culpabilité de Dreyfus. Je ne crois pas à la théorie du « troisième homme » d’André Figueras. Concernant la collusion Picquart-Esterhazy, je n’ai pas la même conclusion qu’Henri Dutrait-Crozon.
On retrouve donc dans mon livre des expositions de faits, des analyses et parfois même des conclusions originales.

Sur les sources dreyfusardes

La SIHAD est persuadée que je n’ai pas lu les sources dreyfusardes, car je n’y adhère pas. J’ai précédemment en partie répondu. Mais l’affirmation de la SIHAD laisse entendre qu’un esprit normalement équilibré devrait obligatoirement adhérer sans réserve à la vulgate dreyfusarde. Qu’il nous soit permit d’user de notre libre arbitre lorsque le récit dreyfusard heurte notre raison.

Sur la prétendue « disqualification systématique » des dreyfusards

La SIHAD me reproche de disqualifier systématiquement les témoignages ou travaux dreyfusards, comme si j’étais parti de ce postulat.
Cette question est extrêmement intéressante. Pour la SIHAD, je suis un facho, donc antidreyfusard par essence. Pourtant, il n’en a rien été. Si j’ai donné du crédit à l’argumentation antidreyfusarde, ce n’est pas parce que je suis parti du « principe que seules les sources de l’État-major ont une quelconque valeur », mais parce que dans le cadre des confrontations contradictoires, elle a, à mes yeux, atomisé l’argumentation dreyfusarde, en particulier au sujet des points décisifs.
A titre d’exemple, la défense de Picquart au procès Zola concernant la datation et la falsification du Petit bleu est lamentable. Je le cite d’ailleurs longuement pour que le lecteur puisse bien en juger. Il en est de même pour ses explications au procès de Rennes concernant la lettre C.C.C., dont je donne les références. Si je qualifie Picquart de faussaire, c’est parce que le Petit bleu – nous y reviendrons – est une pièce risible, qui ne peut pas être prise en considération par une juridiction qui ferait honnêtement son travail. Mes contradicteurs m’opposent que l’histoire est quelque chose de sérieux, et je ne dirai pas le contraire. Mais la justice aussi est quelque chose de sérieux, et si aujourd’hui un avocat se permettait de verser aux débats d’un dossier une pièce non datée et non signée par une personne, tout en affirmant avec force que ladite pièce doit néanmoins être attribuée à ladite personne, il serait dans le meilleur des cas pris pour un imbécile et dans le pire accusé d’escroquerie au jugement. Je pourrais aussi évoquer les explications confuses de Cordier ou le roman de Bertulus. Tout cela vole en éclat dans le cadre du contradictoire. Au sujet de l’affaire Esterhazy, les improbables lettres Callé, indiquées par une source anonyme – comme si la justice s’amusait en temps normal à suivre les indications d’une lettre anonyme ! – ou encore le sketch Castro sont du même acabit. Concernant l’après-Affaire les « Carnets de Schwartzkoppen », censés être la preuve définitive contre Esterhazy, sont également un faux ridiculement grossier dépourvus de la moindre valeur probante.
Je n’ai donc pas « systématiquement » disqualifié l’argumentation dreyfusarde, je l’ai disqualifié lorsque je l’ai jugé vaincue. Mon regard a été celui d’un juriste, appréciant les pièces et arguments de chaque partie. Est-il si extraordinaire d’aborder un procès comme un procès ?
Quant à mon propos, il est construit d’analyses et de démonstrations, et non d’affirmations péremptoires.
J’ajoute que je n’ai pas ressassé mécaniquement tous les arguments antidreyfusards. Certains ne m’ont pas convaincu. Par exemple, je n’ai pas retenu le témoignage (indirect) de Ferret, qui a prétendu avoir surpris Dreyfus avec un civil dans les bureaux de l’Etat-major, à une heure où m’on y trouvait personne d’autre. De même je n’ai pas retenu le témoignage de madame Bastian, lors de l’ultime procédure, concernant la présence de Dreyfus à l’ambassade d’Allemagne, qui m’a paru venir bien tard. Je pourrais multiplier les exemples. Bref, je n’ai pas fait systématiquement mien les arguments « antidreyfusards » qui se présentaient à moi.
Un dernier mot concernant les historiens dreyfusards que je titille. Cela n’est jamais gratuit. Je ne me suis permis de le faire que lorsque leur propos allait objectivement contre les faits, par exemple, concernant Souffrain, sujet sur lequel Marcel Thomas se contredit gravement d’un livre à l’autre, en inventant de toute pièce à l’intéressé un alibi qu’il n’avait pas.

Sur la parole à la défense

La SIHAD sous-entends que je ne donnerais pas la parole à la défense, cachant ainsi au lecteur son argumentation. Qui a lu mon livre sait qu’il est rempli de passages où je cite la défense des acteurs dreyfusards, précisément pour montrer sa nullité. En outre, je conseille au lecteur au début de mon livre d’aller lire les ouvrages de Jean-Denis Bredin et de Marcel Thomas s’il souhaite avoir un autre son de cloche. Quel auteur dreyfusard a fait l’équivalent ?
Une fois encore, je ne sais pas si nous parlons du même livre.

Sur mes sarcasmes concernant les « experts » en écriture dreyfusards

« Nous laisserons de côté les sarcasmes à l’égard des experts en écritures de la défense opposés aux probes professionnels que furent ceux de l’accusation. »
Il est fort dommage que la SIHAD ne s’arrête pas sur les contradictions de l’« écrituriste » Paul Moiraud en fonction des besoins de la cause, sur les échanges entre Couard et Giry ou encore sur la crainte exprimée par Crépieux-Jamin de perdre sa clientèle de dentiste. C’est un de mes passages préférés du livre.
Mais tout de même, qu’on ne m’en veuille pas trop. Il était impossible de ne pas saisir une telle balle au bond.

Sur mes « curieuses méthodes », mon absence de rigueur…

La SIHAD me reconnaît de nombreux mérites : « curieuses méthodes », « absence de rigueur », « chapelet de postulats, sélection des seules sources qui appuient la thèse et ignorance de celles qui la contredisent, citations incomplètes, approximations, déduction hâtives ou gratuites, absence totale de recul, interprétations forcées par le cadre… »
Tout ceci relève de l’affirmation et non de la démonstration.
Le lecteur appréciera.

Sur l’absence de lecture des correspondances

Il m’est reproché de ne pas avoir lu les correspondances privées de différents acteurs, comme si on pouvait y trouver des arguments nouveaux de première importance, non contradictoirement débattus lors des différentes procédures. Le lecteur jugera si cela invalide mes travaux.
Principalement, je me suis concentré sur éléments factuels qui ont été contradictoirement débattus et ce qui en est ressorti. Là est peut-être mon principal crime…

Pourquoi les attaques contre ma personne sont inopérantes

La SIHAD cherche à convaincre les esprits ralliés à mes positions – afin de les ramener dans le camp du bien – en laissant entendre que je serai un abruti malhonnête manquant de rigueur. Mes contradicteurs doivent bien comprendre une chose.
La France vit depuis plusieurs années un grand bouleversement dont les conséquences sont potentiellement gigantesques. Ceux qui hier par leur activité façonnaient l’esprit des Français – par exemple les notables de l’académisme républicain, les intellectuels ou les grands médias – n’ont plus aucune prise sur la jeunesse en cours de refrancisation. Leur autorité est quasi-nulle, car entre le système et un nombre grandissant de Français, il y a une crise de confiance. De même que le « godwinisé » que je suis part un avec handicap auprès du public de la SIHAD, de même la SIHAD part avec un handicap auprès de la jeunesse refrancisée.
En d’autres termes, auprès du public qu’elle espère sauver de l’obscurantisme que je propage, la SIHAD doit montrer patte blanche. Ce n’est pas en attaquant ma personne avec le type d’attaques précitées qu’elle comblera son déficit de confiance et qu’elle convaincra les jeunes français.

II Remarques générales sur le fond

Avant de rentrer dans les détails de l’Affaire qui me sont opposés, je me dois de faire une mise au point concernant le cadre général de la discussion.

Sur le complotisme dreyfusard

Mes contradicteurs soutiennent que j’adhèrerais à une théorie du complot… La théorie du complot est un travers mental qui vise à voir des complots là où il n’y en a pas. En réaction, elle a donné lieu à une théorie inverse, visant à penser que le calcul et la malveillance sont absents des pensées humaines. Si la théorie du complot est une lunette déformante de la réalité, la négation systématique du calcul, de malveillance, des manœuvres, voire même de complot (dont l’histoire est parsemée), produit au bout du compte des conséquences analogues.
Pour ma part, je ne vise pas un complot, mais des manœuvres politico-judiciaires, effectuées dans des buts précis, par un groupe informel, le Syndicat. La SIHAD semble m’opposer que je considèrerais le syndicat comme exclusivement juif (« Esterhazy serait l’homme de paille choisi par le « Syndicat » pour sauver un coreligionnaire »). Je ne vois pas trop ce qui dans mon livre lui permet de l’affirmer. Je parle plutôt d’essence révolutionnaire. Mais là n’est pas le plus important. Pour me répéter, mon propos n’est pas fait d’affirmations mais de démonstrations.
Ceci étant, s’il y a bien une critique que je ne peux accepter de la part d’un dreyfusard, c’est bien celle de complotisme, car tant le récit académique actuel que le récit d’importants acteurs dreyfusards à l’époque des faits relèvent de théories du complot les plus farfelues ! Si je ne devais retenir que le récit académique, je ferais remarquer qu’il repose sur le complot antisémite au sein de l’armée. Mais là n’est pas le plus gros.
Puisque la SIHAD prétend que je ne me servirais que de sources antidreyfusardes et d’aucune source primaire, notamment de la presse de l’époque, je vais lui démontrer à quel point elle a raison, en citant ici les articles de presse de M. Jean Jaurès et les œuvres de notre cher Joseph Reinach. Tous deux ont fondé leur dreyfusisme sur des complots délirants. L’un, insistant sur le complot jésuite et plus largement clérical, l’autre, dénonçant des tentatives de coups d’Etat imaginaires.
Que le lecteur en juge par cette petite sélection non-exhaustive :

Jean Jaurès

– « Que le peuple socialiste prenne garde ! Dès maintenant, s’il ne résiste pas au complot des jésuites et des grands chefs, la République est en péril. […] Tous les citoyens libres, tous les travailleurs verront-ils à temps le danger ? »

– « Allons au plus pressé qui est d’analyser le complot tramé contre la République ».

– « Tous les chefs compris dans l’affaire Dreyfus ou dans les menées de coup d’Etat attendent une revanche ».

– « Les généraux de coup d’Etat espèrent que la République succombera ou dans les surprises savamment machinées du 14 juillet ou dans les agitations militaristes provoquées autour du procès de Rennes ».

– « En outre, la réaction cléricale et militaire travaillait tous les jours à fanatiser la Bretagne. Elle espérait qu’une troupe mêlée de camelots parisiens et de pêcheurs bretons, amenés à grand frais à Rennes, clamerait contre Dreyfus des cris de mort. De là conflit, soulèvement de l’Ouest, action combinée d’une sorte de chouannerie ignominieuse opérant en Bretagne, et des bandes césariennes et antisémites opérant à Paris. Dans ces convulsions un coup de main portait un général à l’Elysée, ou bien M. Loubet, écrasé par des responsabilités formidables, cédait lui-même la place au candidat des jésuites ».

– « M. Waldeck-Rousseau a dit qu’au point où était parvenu le complot militaire il avait besoin d’opposer un général, le général Galliffet, à la révolte toute préparée ».

– « Ce n’est pas seulement un complot contre la République qui avait été organisé, c’était un complot de meurtre, renouvelé de la Ligue, une Saint-Barthélemy des républicains qui ont dénoncé les faussaires et les traîtres ».

Joseph Reinach

– « Brisson, de son fauteuil, attendit, pour découvrir le complot clérical, qu’il fût par lui frappé et meurtri ». 

– « On a déjà montré que, du premier jour, l’Affaire parut à la Congrégation une occasion unique, sinon de renverser la République, du moins de mettre la main sur le pouvoir. Une fois le principe posé et admis que l’armée est menacée dans son honneur, on engagea, sans retard, l’opération politique et religieuse. Ce n’est pas, cette fois, pour sa propre cause que l’Eglise part en guerre, mais au secours de l’armée […] Prises, tout à coup, d’un goût violent pour les affaires publiques, dont elles s’étaient exclues elles-mêmes, depuis tant d’années, la vieille noblesse et la haute bourgeoisie crurent que leur heure allait enfin sonner. Il ne leur parut pas impossible, dans l’universel désarroi, de restaurer l’ancien régime par l’étroite union de l’armée et de l’Eglise, à leur profit ».

– « Ici encore apparaissent les résultats de l’éducation jésuitique qui autorise, pour une bonne fin, prescrit le mensonge ».

– « L’armée n’a pas toujours mis sa force au service du droit ; pourtant, sous tous les régimes, Empire, Monarchie ou République, il sembla à l’âme populaire qu’elle est le lieu où, si les volontés sont asservies à la règle, la règle est loyale et franche. Et telle, en effet, elle fut jusqu’au jour où la Société d’Ignace façonna trop de chefs militaires à son image ».

– « Il ne faut jamais oublier que le directeur de Boisdeffre est un jésuite ».

– « Aussi bien, pour préparer cette grande entreprise d’empoisonner l’âme française, l’État-Major n’avait pas attendu l’incident qui, tout à coup, comme une rencontre de cavaliers aux avant-postes, a fait éclater les hostilités. Déjà, depuis plusieurs semaines, les directeurs des journaux à gros tirage ont été pressentis par Henry et par d’autres émissaires. Et l’argent (des fonds secrets et de la caisse noire des Jésuites) réchauffa certaines convictions ».

Je crois que tout cela se passe de commentaires. Avant d’accuser autrui de théorie du complot, les dreyfusards feraient mieux de balayer devant leur porte.

Sur le prétendu antisémitisme de l’armée française

La SIHAD me reproche de contester le fait que l’armée française ait été antisémite avant et pendant l’Affaire.
On pourrait s’étonner de la volonté des dreyfusards de faire passer à tout prix l’armée française pour antisémite depuis plus d’un siècle. Mais cela s’explique selon moi par deux raisons. 1) Il y a un anticatholicisme extrêmement fort chez les têtes pensantes dreyfusardes, qui lui est prouvé par les faits et qui ne choque pas les bonnes consciences d’hier et d’aujourd’hui. La diabolisation d’une armée française dirigée par des officiers catholiques est donc toujours bonne à prendre. 2) Selon le récit académique, Dreyfus a été condamné injustement par une France antisémite, représentée par l’armée, et absout par une autorité vierge de tout péché, la République.
En premier lieu, il s’impose quelques réflexions de bon sens.
Pour démontrer que l’armée française était antisémite, il faudrait démontrer que les juifs y en étaient, en règle générale, exclus, discriminés ou objet d’une hostilité spécifique.
A l’époque de l’Affaire, on comptait 600 officiers israélites. Parmi ceux-ci, on peut citer par exemple le général Mardochée Valabrègue ou le général Samuel Naquet-Laroque. Il semblerait donc que les juifs n’étaient pas brimés dans l’armée française.
J’ajoute qu’on trouve également un israélite dans les services secrets en la personne de Weil.
A la mort du capitaine Mayer, l’armée lui rend des honneurs militaires.
Je pense qu’à l’époque, tout ceci n’avait aucun équivalent en Europe. La SIHAD m’indique que la proportion d’officiers israélites n’est pas de 10 %, je peux l’entendre, je corrigerai ce point.
Ces faits révèlent cependant que l’armée française n’était pas structurellement antisémite. Est-ce à dire qu’il n’y avait absolument aucun antisémite dans l’armée ? Bien sûr que non. On y trouvait par exemple le triste Cordier, pathétique antisémite retourné par le Syndicat.
Que m’oppose la SIHAD pour démontrer que l’antisémitisme était un courant dominant au sein de l’armée ? D’abord, un témoignage de Paléologue, dreyfusard militant. Celui-ci rapporte des propos qualifiables d’antisémites que Sandherr lui aurait tenus. A titre personnel, en effet, je ne considère pas Paléologue comme une source impartiale, mais passons. A considérer que ces propos soient vrais, l’antisémitisme (très supposé) du colonel Sandherr n’engage que lui, et non l’armée en son entier. Ce qui vaut pour Sandherr vaut pour d’autres officiers.
La SIHAD évoque ensuite une lettre de du Paty, dans lequel celui-ci explique que : « [Si Dreyfus] n’avait pas été imposé à l’état-major de l’armée par le fonctionnement automatique de l’institution des stagiaires, jamais il n’aurait été accepté au 3e bureau par les chefs qui se sont alors succédé à la tête de ce bureau ».
Si ce que dit du Paty est exact, il semble bien alors que le « fonctionnement automatique de l’institution » ne reposait sur aucun critère religieux. Est-ce là une preuve d’antisémitisme ?
Il y aurait des antisémites à l’Etat-major ? Que l’on nous donne les noms des intéressés et que l’on prouve ce qu’on leur reproche. En attendant, ces affirmations gratuites resteront inopérantes.
On me répondra enfin que l’antisémitisme s’est déchainé dans certaines presses, et cela est vrai. Mais on ne voit pas en quoi cela engagerait l’armée.

Et si l’on parlait de l’anticatholicisme dreyfusard ?

Il y a une haine qui intéresse assez peu l’académisme républicain : l’anticatholicisme dreyfusard, qui lui, est étayé par des faits, des lois, des propos, de ces Messieurs, pour ne citer qu’eux, Jaurès, Combes, Clémenceau, Waldeck-Rousseau ou Reinach. J’en reparlerai dans d’autres circonstances.

Sur l’argument d’autorité

La SIHAD m’oppose « un siècle de recherches », « des milliers d’articles », « des centaines de livres », « des dizaines de colloques ».
Cet argument mathématique ne peut leurrer personne.
En effet, tous les chercheurs de l’académisme républicain ou des académismes des pays étrangers, savent très bien qu’avoir des conclusions « hétérodoxes » sur ce sujet ruinerait leur carrière. Si cela n’interdit pas la bonne foi, ce n’est évidemment pas de nature à inciter à sortir des sentiers battus. Le récit officiel de l’affaire Dreyfus est un dogme qu’il est interdit de contester si l’on veut espérer faire carrière dans la fonction publique.
Je rappelle qu’en 1994, le colonel Paul Caujac, chef du Service historique de l’armée de Terre, a été démis de ses fonctions par le ministre de la Défense, François Léotard, pour avoir simplement écrit que « l’innocence de Dreyfus est la thèse généralement admise par les historiens ». Belle preuve de tolérance, d’ouverture d’esprit et de démocratie, n’est-ce pas ?
La leçon a depuis lors été retenue par ceux qui par extraordinaire ne l’avaient pas auparavant comprise.

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