Adrien Abauzit répond à Arnaud Dumouch

dimanche 3 mars 2019Actualités2 commentaires

A la suite de la parution de son ouvrage « L’infaillibilité pontificale« , Adrien Abauzit et Virginie Vota ont réalisé une série d’entretiens sur Youtube (ICI et ICI). Monsieur Arnaud Dumouch, théologien revendiqué catholique, a « répondu » à l’un de ces entretiens. Sa vidéo de « réplique » étant de nature à induire en erreur les internautes les moins formés, Adrien Abauzit a jugé nécessaire d’apporter une réponse.

Nous publions ici les deux première pages et vous pouvez télécharger le fichier PDF ici : Réplique à Arnaud Dumouch

« Monsieur Arnaud Dumouch, théologien revendiqué catholique, a « répondu » à l’un des entretiens que j’ai fait avec Virginie Vota. Sa vidéo de « réplique » étant de nature à induire en erreur les internautes les moins formés, j’ai jugé utile d’apporter des points de remarques, bien que, selon moi, mes propos, dans l’entretien visé, se suffisent à eux-mêmes, surtout quand ils sont directement étayés par un texte du Magistère.
Si des éclaircissements restent opportuns, c’est, d’une part, parce que mon contradicteur et son acolyte dénaturent parfois mon argumentation, et d’autre part, parce que cela m’offre une occasion de mettre en exergue des contradictions entre le catholicisme et la religion conciliaire.
D’après ce que j’ai cru comprendre, il semble que mon contradicteur admette lui aussi qu’un pape ne puisse pas être hérétique dans l’exercice de ses fonctions.
La discorde entre nos positions ne vient donc pas de cette question, mais des innovations conciliaires.
I) J’ai accepté un débat écrit avec M. Dumouch
Dans la présentation de sa vidéo, mon contradicteur écrit ceci : « Un dialogue avec un théologien catholique n’étant pas souhaité par Adrien Abauzit », ce qui peut laisser supposer que j’aurais en quelque sorte fui la contradiction.
Le fait est que j’ai accepté de débattre avec Monsieur Dumouch par écrit. J’ai décliné le débat oral, car un débat oral ne sert généralement pas à faire émerger la vérité, mais à défendre un point de vue, souvent hélas à coup de sophismes et d’arguments de mauvaise foi, invérifiables au moment de l’échange.
Pour ma part, concernant mes travaux1, j’ai pratiqué deux fois le débat. Une fois oralement, concernant l’Affaire Pétain, contre Christian Vanneste ; une fois à l’écrit, concernant l’Affaire Dreyfus, contre les historiens de la Société internationale de l’histoire de l’Affaire Dreyfus (SIHAD).
Dans le premier cas, j’ai été coupé à de très nombreuses reprises et la matérialité des faits que j’avançais était quasi-systématiquement niée, malgré leur caractère incontestable, par mon contradicteur d’alors. Comment dans ces conditions avoir une discussion sereine, sérieuse et profonde ? Ce débat n’a apporté aucun éclairage aux internautes.
Dans le deuxième cas, j’ai longuement échangé par écrit avec les historiens de la SIHAD. J’ai pu, dans le moindre détail, porter la contradiction à leur critique de mon livre et cela a été, je crois, très éclairant et enrichissant pour le lecteur.
De toute évidence, le format écrit permet d’aller au plus précis et d’éviter le recours, volontaire ou pas, au sophisme et à l’effet de manche. Ceci est d’autant plus important dans la matière qui nous concerne, dont les enjeux sont incalculables.
II) Une erreur de méthode : le recours au « magistère conciliaire »
A plusieurs reprises, mon contradicteur m’oppose des textes de Vatican II, de Jean-lol Paul II ou encore de Benoit XVI. Libre à lui. Mais dans la mesure où les catholiques non una cum n’accordent pas plus d’autorité au « magistère conciliaire » qu’aux théologies luthérienne ou calviniste, cette méthode ne vise pas à convaincre des « catholiques égarés » dont je serais
1 Je ne parle pas de mon métier où le débat, sous forme écrite ou oral, est quotidien.
– sensibles aux seuls arguments tirés du Magistère de l’Église catholique – mais à conforter une logique interne, conciliaire, qui ne répond qu’à elle-même.
III) Un recours à un artifice conciliaire : le « magistère solennel »
Mon contradicteur m’oppose qu’il n’y aurait pas deux branches du magistère infaillible – les magistères ordinaire et extraordinaire – mais trois, puisqu’à ces deux branches s’ajouterait le « magistère solennel » (16 min 45).
Je suis tenté de supposer que le « magistère solennel » est une invention de l’église conciliaire, car le magistère de l’Église est parfaitement clair en la matière.
Mais d’abord, citons Mgr d’Avanzo, membre de la députation de la foi lors du concile Vatican I, donc porte-voix de Pie IX lors des débats. Le lecteur s’apercevra qu’il fait bien mention à deux modes d’infaillibilités :
« Il y a donc un double mode d’infaillibilité dans l’Église ; le premier est exercé par le magistère ordinaire de l’Église : Allez, enseignez… C’est pourquoi, de même que l’Esprit-Saint, l’esprit de vérité, demeure dans l’Église tous les jours ; de même tous les jours l’Église enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la révélation mais non définies, soit enfin qui sont crues implicitement : toutes ces vérités, l’Église les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. Tous, et le pape et les évêques sont infaillibles dans ce magistère ordinaire, de l’infaillibilité même de l’Église : ils diffèrent seulement en ceci que les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, par qui ils sont confirmés ; le pape, lui, n’a besoin que de l’assistance du Saint-Esprit à lui promise […] Même avec l’existence de ce magistère ordinaire, il arrive parfois soit que les vérités enseignées par ce magistère ordinaire et déjà définies soient combattues par un retour à l’hérésie, soit que des vérités non encore définies, mais tenues implicitement ou explicitement, doivent être définies ; et alors se présente l’occasion d’une définition dogmatique »2.
Etant précisé que la « définition dogmatique » vise le magistère extraordinaire.
Dans le concile Vatican I, l’infaillibilité du magistère extraordinaire est définie dans la constitution dogmatique Pastor Aeternus : « Le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les moeurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église »3.
L’infaillibilité du magistère ordinaire est consacrée dans la constitution dogmatique Dei Filius : « On doit croire d’une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l’Église comme vérité divinement révélée, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel »4.
A nouveau, la mention de « jugement solennel » est afférente au magistère extraordinaire.
2Sacrorum conciliorum, tome 52, société nouvelle d’édition de la collection Mansi (1927), p.763-764. Le lien est consultable sur le site Gallica.
3Pastor Aeternus, chapitre 4.
4Dei Filius, chapitre 3, paragraphe IV.
Dans son encyclique Mortalium animos, lorsque Pie XI détaille le mode d’exercice du Magistère, il ne fait mention qu’aux magistères ordinaire et extraordinaire : « En effet, le magistère de l’Église – lequel, suivant le plan divin, a été établi ici-bas pour que les vérités révélées subsistent perpétuellement intactes et qu’elles soient transmises facilement et sûrement à la connaissance des hommes – s’exerce chaque jour par le Pontife Romain et par les évêques en communion avec lui [magistère ordinaire] ; mais en outre, toutes les fois qu’il s’impose de résister plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou d’imprimer dans l’esprit des fidèles des vérités expliquées avec plus de clarté et de précision, ce magistère comporte le devoir de procéder opportunément à des définitions en formes et termes solennels [magistère extraordinaire].
Certes, cet usage extraordinaire du magistère n’introduit aucune nouveauté à la somme des vérités qui sont contenues, au moins implicitement, dans le dépôt de la Révélation confié par Dieu à l’Église ; mais ou bien il rend manifeste ce qui jusque-là pouvait peut-être paraître obscur à plusieurs, ou bien il prescrit de regarder comme de foi ce que, auparavant, certains mettaient en discussion ».
D’un troisième magistère qui ne serait que « solennel », distinct des deux autres, il n’est pas fait mention.
Il se peut que des papes aient parfois attribué un autre adjectif au Magistère, mais il ne s’agissait alors que d’une expression générique recouvrant les deux branches du Magistère précitées. »

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