Critique d’une lectrice

jeudi 15 février 2018 | Actualités | 0 commentaires

Le journal d’Anne-France.

Renaissance d’une littérature francophile : une nourriture pour l’âme.

 

            Si le titre se veut profondément provocateur, ce premier roman est avant tout l’histoire d’une femme, d’une grand-mère prénommée Anne-France et qui, voyant la grande faucheuse arriver se décide à ouvrir son coeur, à vider son sac. Parler de sa vie de femme, mais surtout  parler de sa France.

« Ecrire, jusqu’à en mourir », telle est la dernière volonté d’Anne-France. Raconter, se raconter, transmettre et témoigner jusqu’au bout, jusqu’à ce que sa tête, son corps et son âme ne la laissent en paix, enfin.
Au-delà du talent de l’auteur à se mettre dans la peau d’une vielle femme, pourtant terriblement ancrée dans notre époque, c’est la qualité de sa prose, comme on aimerait en être abreuvés plus souvent, qui nous saisit. 

Témoin vivant d’une France qui, tout comme elle, est à bout de souffle, c’est à travers les yeux d’Anne-France qu’on a le plaisir, presque triste, de revivre les dernières décennies de notre Histoire. Pages après pages, une relation privilégiée s’instaure. Les jours passent, et plongés dans son intimité, elle nous dévoile tout. Sa jeunesse, ses amours, ses engagements, ses désillusions et ses blessures. A ses côtés, on revit la Guerre, Mai 68, Chirac, Sarkozy, Hollande, on connaît l’Amour d’un homme, d’une famille, on éprouve la souffrance de la perte de ceux qu’on aime, de ses repères.
Nostalgique, Anne-France ne l’est pas, bien au contraire. L’acuité de sa perception de notre époque nous ferait presque culpabiliser de rester plongés dans notre torpeur.
Mélancolique et fataliste, elle ne l’est pas davantage. Le temps lui est compté et de tels émois n’offrent rien de pérenne et de pertinent.
Insubordonnée, elle le demeure. Du début à la fin elle lutte, de toutes ses forces, contre les maux qui la rongent et contre ceux qui abîment son pays qu’elle aime tant, mais qu’elle ne reconnaît ni ne comprend plus.
L’épilogue arrive presque trop rapidement, tant on aimerait recevoir davantage de cette force de vivre, de cette ténacité, de cet espoir.

Ce premier opus publié dans une jeune maison d’édition semble promis à un grand avenir. Romain Guérin avait déjà fait vibrer nos âmes avec des poèmes savoureux comme il est rare d’en trouver aujourd’hui. Avec le Journal d’Anne-France, il vient véritablement raviver cette petite flamme qui demeure en chacun de nous et ne demande qu’à se rallumer. C’est le retour de cette saine gouaille populaire, de ce panache, de cette colère vraie et authentique.  

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