Drame sous Vichy – Finances sous la contrainte

mardi 21 novembre 2017 | Adrien Abauzit | 0 commentaires

Le drame de Vichy – Finances sous la contrainte (1953)
Yves Bouthillier


Une Chronique d’Adrien Abauzit

 

Ministre des Finances du maréchal Pétain du 16 juin 1940 au 18 avril 1942, Yves Bouthillier, est arrêté par la Gestapo au début de l’année 1944, avant d’être déporté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Dans ses mémoires, dont Finances sous la contrainte est le deuxième tome, Yves Bouthillier détaille avec précision, chiffres à l’appui, l’action technocratique qui lui valut l’hostilité et la rancune du Reich.

L’action ministérielle de Bouthillier consiste avant tout à réduire autant que possible le pillage de la France par l’occupant ; pillage qui repose sur trois grandes mesures : « Le concours des trois décisions capitales permit aux autorités allemandes de tirer commodément parti des richesses françaises. Dès l’invasion de la France, quelques jours après la percée de Sedan, le 19 mai 1940, le commandant en chef de l’armée allemande fixa par ordonnance la valeur du mark à 20 francs français. Le 8 août suivant, le gouvernement du Reich exigeait le versement d’une somme journalière de 400 millions de francs pour l’entretien des troupes d’occupation. […]  Enfin, troisième décision, le même jour, 8 août, l’Allemagne nous notifia sa volonté de conclure un traité commercial avec la France, combiné de telle sorte que les marchandises livrées au Reich fussent à la charge du Trésor français. »

L’action du ministère des Finances est donc une lutte contre l’étreinte de fer imposée par l’Allemagne ; lutte qui s’illustre par l’opposition entre la Commission allemande d’application de l’armistice de Wiesbaden et sa délégation française.

C’est le 8 août 1940 que débute véritablement la bataille technocratique. Ce jour-là, les Allemands notifient au général Huntziger, alors chef de la délégation française à la Commission de Wiesbaden, le quantum des frais d’occupation, soit 400 millions de francs par jour. Dès qu’il en est informé, Yves Bouthillier saisit le conseil d’armistice. Le 12 août, le général Huntziger remet aux autorités de Wiesbaden la protestation du gouvernement français. Ce dernier soutient qu’il convient d’opérer une distinction entre les troupes d’occupation et les troupes d’opération. Autant il revient à la France de payer les frais engagés par les troupes d’occupation, autant la France n’a pas à payer l’entretien des troupes qui luttent contre l’Angleterre.

Le Dr Hemmen, chef de la délégation économique allemande de la Commission de Wiesbaden, notifie à la délégation française un refus. Le 19 août, le gouvernement français en appelle alors au gouvernement du Reich. Nouvel échec : « C’était un refus général ; refus de procéder à une discrimination quelconque entre les troupes établies en France, refus de discuter la parité du franc par rapport au mark ; aucune de nos objections n’était fondée ; le gouvernement français était mis en demeure de procéder au paiement. »

Le 21 août, Huntziger tente une fois encore de négocier avec le Dr Hemmen, mais celui-ci maintient sa position. Dans son ultime protestation, datée du 26 août 1940, le gouvernement français prend acte du diktat qui lui est imposé : « Cédant à la contrainte, le gouvernement français subit la loi qui lui est dictée ».

Concernant le « traité » commercial imposé par l’Allemagne et le taux de change exorbitant entre le franc et le mark, Bouthillier fait parvenir le 20 août des contre-projets à la commission de Wiesbaden. Les Allemands refusent de discuter. Le 31 août, le gouvernement français proteste à nouveau. Irrités des réponses dilatoires françaises, les Allemands usent de menace. Le 10 octobre, Hemmen déclare : « Il est clair que le gouvernement français entend pratiquer une politique double : faire des concessions au Reich dans les textes et ruiner l’application par sa politique économique, accepter le projet et rendre illusoires les stipulations qu’il contient. Sachez que l’Allemagne parviendra à ses fins quoi qu’il arrive. Si votre gouvernement persiste dans son opposition la négociation sera rompue. La bauxite, nous irons la prendre. »

En d’autres termes, si le traité n’est pas conclu à brève échéance, le Reich n’hésitera pas à occuper la zone libre, où se trouvent les gisements de bauxite. Face à cet ultimatum, le gouvernement cède. L’accord est signé le 14 novembre, mais il est joint au texte la protestation officielle du gouvernement… qui au demeurant ne s’avoue pas vaincu.

Le traité commercial a pour effet de faire payer au Trésor les exportations françaises au Reich. Soit. Pour neutraliser cette clause léonine, il suffit de dissuader les entreprises françaises d’exporter en Allemagne. Dès le 18 novembre, est créé un service d’achat et de vente, au sein du ministère des Finances, fixant les conditions de prix et de règlement auxquelles la conclusion du contrat est subordonnée. Sa mission officieuse est de limiter au maximum les exportations françaises outre-Rhin. Puis, comme seconde entrave, est créé un impôt sur les exportations vers l’Allemagne, que Bouthillier évoque non sans sarcasme : « D’une conception assez douteuse, cet impôt fut si efficace que les Allemands en réclamèrent sans cesse la suppression. Nous fûmes assez heureux, mon administration et moi, pour le maintenir en dépit de leur humeur. »

La période étant propice à la résistance, Bouthillier décide de suspendre le paiement des frais d’occupations à partir de la mi-novembre. Ces paiements ne reprendront que suite au départ de Laval, afin de ne pas trop accroître l’irritation de l’occupant.

Au mois de mai 1941, éclate l’affaire syrienne. Les Allemands, qui ont alors besoin de l’accord de la France pour utiliser ses aéroports en Syrie, sont pour la première fois demandeurs. Des négociations sur les frais d’occupation s’ouvrent enfin. Après avoir trouvé un accord en juillet 1941, aux termes duquel, les frais seraient ramenés à 140 millions de francs journaliers, sous réserve que 30 millions soient versés via des transferts de valeurs, les Allemands rompent la négociation en raison du refus français de mettre en œuvre les protocoles de Paris. Par la suite, lorsque les Allemands réclament à Bouthillier, qui avait suspendu les paiements depuis l’ouverture des négociations, de reprendre le paiement de 400 millions journaliers, celui-ci refuse et réduit unilatéralement le paiement à 300 millions. Le 25 août 1941, les Allemands réclament une dernière fois un retour aux 400 millions. Le gouvernement français refuse. En outre, à diverses reprises, Bouthillier demande l’application de l’accord de juillet 1941, son ultime tentative étant adressée au ministre des Finances allemand, par un courrier en date du 29 janvier 1942. La réduction à 300 millions de francs journaliers sera finalement maintenue jusqu’à l’invasion de la zone libre.

La position de résistance de Bouthillier, du gouvernement et de l’administration française porte ses fruits. A la fin du conflit, la France est le pays d’Europe de l’Ouest dans lequel les frais d’occupation ont été les plus faibles par tête d’habitant : « Exprimés en milliards de marks, afin d’être comparables entre eux, les cinq chiffres de prélèvements allemands pour les cinq pays occupés de l’Ouest sont en nombres arrondis : pour la France 40, pour la Belgique 10,5, pour le Danemark 4, pour la Norvège 12, pour les Pays-Bas 26,5. Ainsi le chiffre français de 1000 marks par tête (40 milliards de marks pour 40 millions d’habitants) est porté à 1100 marks pour le Danemark, 1400 marks pour la Belgique, 4000 marks pour les Pays-Bas, 4400 marks pour la Norvège. »

La voracité allemande se manifeste également sur d’autres terrains que celui des frais d’occupation. La pensée première des Allemands, en pénétrant en France, est de la dépouiller de son or et de ses devises étrangères. Mais grâce à la résistance du gouvernement, le Reich va être mis en échec.

Le 14 juin 1940, l’occupant établit une circulaire aux termes de laquelle chaque banque a pour obligation de faire connaître le détail de ses devises en monnaie étrangères, de son or et de ses diamants. Le motif véritable de cette circulaire n’est que trop évident. Dans une note du 4 juillet, le gouvernement de Vichy fait savoir que cette disposition est contraire à la convention d’armistice, qui dispose que les autorités françaises conservent l’administration des territoires occupés. Les Allemands n’en ont cure. Le 14 août, une nouvelle ordonnance confirme les termes de celle du 14 juin. Le 12 septembre, c’est au tour de l’Etat de faire connaître le détail de ce qu’il possède en matière de devises étrangères et de métaux précieux.

Lors de l’invasion de la France, une partie de l’encaisse-or de la Banque de France, mais aussi des Banques de Belgique, de Pologne, de Lettonie et de Lituanie, avaient été transportées à Dakar. Depuis Dakar, cet or avait été mis en sécurité à Kayes, soit à 500 kilomètres à l’intérieur des terres. Prétextant que ces réserves risquent de tomber aux mains des Anglais, le Reich invite la France, le 12 septembre, à rapatrier ses réserves. Le 20 septembre, M. de Boisanger, chef de la délégation économique française, élude la question dans une discussion avec le Dr Hemmen, alors que 30 avions de transports allemands sont déjà prêts à partir. A cette opposition, la délégation française joint à l’administration militaire allemande une demande de retrait de l’ordonnance du 14 juin. Bien entendu, les Allemands refusent, obligeant, M. de Boisanger à remettre au Dr Hemmen une note en date du 28 octobre : « La position prise par le gouvernement allemand n’est fondée sur aucune disposition de la convention d’armistice. Elle tend, en effet, à permettre aux autorités d’occupation, non seulement d’empêcher tous rapports entre la zone occupée et la zone non occupée, mais aussi de contrôler les avoirs en zone non occupée.

            D’ordre de mon gouvernement, j’ai l’honneur d’appeler votre attention sur cette question en vous priant de bien vouloir la soumettre à un nouvel examen.

            Dans l’attente d’une réponse, les banques françaises en zone occupée ont été invitées à ne pas donner suite aux demandes de déclaration qui leur ont été faites. La délégation générale du gouvernement français à Paris en a avisé les autorités allemandes. »

Le 20 novembre, les Allemands adressent une instruction à la Chambre syndicale de la bijouterie, dans laquelle il est prescrit aux bijoutiers, aux joailliers et aux orfèvres de déclarer l’or et les diamants en leur possession. Le 6 décembre, M. de Boisanger notifie le refus du gouvernement français de souscrire à une telle mesure.

Un mois plus tard, se fondant sur l’ordonnance du 14 août 1940, le commandement militaire allemand informe les banques de son intention de faire forcer les coffres-forts des locataires qui n’auraient pas déclaré leurs avoirs avant le 10 janvier 1941. Le 12 janvier, M. de Boisanger, tout en rappelant ses refus antérieurs, écrit au Dr Hemmen : « Une telle disposition, moins encore que les précédentes, n’est pas justifiée par les clauses de la convention d’armistice et je dois, d’ordre de mon gouvernement, vous faire part des objections très vives qu’elle soulève. »

De toute évidence, le Reich est obnubilé par l’or français. Mais la ténacité des autorités françaises finit par le lasser et le recensement général des avoir en or et en devises des Français n’aura jamais lieu.

Si les Allemands baissent les bras, c’est aussi parce que la délégation française à la commission de Wiesbaden les épuise lors des discussions relatives à la cession des participations financières françaises à des groupes étrangers.

Pour limiter les cessions de participations françaises, il faut d’abord éviter que des Français isolés n’aient à traiter avec le Reich. C’est à cet effet qu’est adopté le décret du 24 octobre 1940, aux termes duquel : « L’achat et la vente de toutes valeurs mobilières françaises et de tous les biens mobiliers ou immobiliers situés en France, lorsque l’acquéreur ou le vendeur est une personne physique ne résidant pas en France, ou une personne morale française ou étrangère pour ses établissements situés en dehors du territoire français, peuvent être réglementés par arrêté du ministre, secrétaire d’Etat aux finances. »

Par ce texte, l’administration française s’offre donc un droit de veto sur toute opération financière de vente ou d’achat lorsque l’acheteur n’est pas français.

Par ailleurs, pour centraliser toutes les affaires touchant aux participations allemandes dans les sociétés françaises, est créée la « direction des finances extérieures », dont la direction est confiée à un certain Couve de Murville. Ainsi, la cession de toute participation à l’Allemagne doit passer par ce service. A ce principe, il y eu cependant une exception de
taille : la cession des parts françaises des mines du Bor à un groupe financier proche du maréchal Goering, que Pierre Laval a accordé dans l’espoir d’alimenter une véritable collaboration entre la France et l’Allemagne.

Ce dossier mis à part, la stratégie du ministère des Finances français repose bel et bien sur l’équilibre suivant : « éluder et résister en tout ce qui concernait l’or et les réserves de changes ; accepter une négociation pour les cessions de participations dans les Balkans. »

Suite à l’affaire des mines du Bor, les Allemands s’intéressent de près aux sociétés exploitant le pétrole de Roumanie, dont la cession est discutée à la commission de Wiesbaden au mois de septembre : « le 20 septembre, au cours d’un entretien avec le Dr Hemmen, M. de Boisanger a déclaré que le gouvernement français était disposé à traiter les affaires du pétrole roumain dans un esprit libéral. Notre intention était alors non seulement d’obtenir des contreparties substantielles mais de faire réviser à cette occasion le cours du mark. Le 23 septembre M. de Boisanger essaya de lier la cession d’une partie des intérêts français dans les sociétés pétrolières de Roumanie avec celle du change franco-allemand. 

Nous avions une autre raison très forte de fixer sur cet objet les conversations économiques de la commission d’armistice. Le lecteur la connaît. Il s’agissait pour nous de détourner vers un appât moins dangereux l’intérêt pressant que le Reich portait à nos réserves d’or et de devises, et à nos valeurs étrangères.»

Ceci étant, le 22 novembre, Couve de Murville, à la commission de Wiesbaden, déclare que le gouvernement français s’oppose à toute cession qui serait payée avec des fonds provenant des frais d’occupation, comme cela a été le cas pour les mines du Bor. Comme seule dérogation à ce principe, il est convenu qu’une filiale d’une banque française de Bohême, la Banksa, soit cédée. Répartie sur un territoire relevant de quatre gouvernements différents, l’activité de la banque est de toute façon devenue ingérable.

Les négociations ne reprennent que le 16 janvier 1941, lorsque les Allemands proposent que le paiement soit effectué en titres d’emprunt extérieur français, et en particulier par l’emprunt émis en Hollande par la France en 1939. Le 7 mars, le gouvernement français donne son accord. Grâce à cet arrangement, la dette française est diminuée d’un milliard de francs.

Même si l’armistice n’obligeait en rien la France à de telles cessions, Bouthillier assume sa stratégie d’alors : « Mettre les Allemands constamment en échec par des refus généraux et systématiques, c’eût été prendre la responsabilité de rompre économiquement avec eux. Pas un ministre français gouvernant et administrant en France n’eût pu, à la fin de l’hiver de 1941, accepter de faire courir au pays un tel risque […] Se plier à des discussions incessantes et céder sur des points secondaires fut la condition de la défense des intérêts primordiaux que l’occupant menaçait.

            Et si l’on va au fond des choses, que demandaient les Allemands ? Une sorte de régularisation, touchant certaines industries, d’un état de fait existant dans des pays qu’ils contrôlaient économiquement et dominaient militairement. Que cédions-nous ? Des participations sous le coup d’une réquisition, comme l’occupant nous en menaçait sans cesse, alors que le personnel français était expulsé, que les entreprises étaient en voie d’être nationalisées et que le produit des fabrications était accaparé par l’Allemagne. Il s’agissait de pays où nous devions perdre l’espoir de pouvoir travailler utilement à nouveau, quel que fût le cours des événements. La situation actuelle du Centre et de l’Est de l’Europe ne nous donne certainement pas tort […] En entrant dans ce jeu, avec quelle lenteur, quelles précautions et quelles réticences, la délégation française a pu détourner la négociation des objectifs économiques essentiels de l’occupant.

            Ainsi, grâce à la politique suivie par mon Département en 1940 et 1941, il a été possible, sans contribuer à l’effort guerrier du Reich, de sauvegarder l’ensemble de nos réserves de change, or, devises, portefeuille de valeurs étrangères en monnaie fortes, même en territoire occupé par l’ennemi

A la Libération, il sera reproché au gouvernement du maréchal Pétain d’avoir rendu l’or de la Banque de Belgique à l’Allemagne. En réalité, au moment du conflit, le gouvernement français n’accepte de remettre l’or belge qu’à la Banque de Belgique, si un représentant officiel belge le lui demande. C’est uniquement sur l’intervention de Pierre Laval, à l’instar de ce qui s’est passé pour les mines du Bor, que l’or belge est cédé aux Allemands, étant précisé que, pour les indisposer, le gouvernement français refuse l’accès de Dakar aux avions allemands et se charge lui-même de rapatrier l’or belge par voie terrestre jusqu’à Alger, puis par voie des airs. Le dépôt effectif de l’or belge à la Reichbank, qui aurait dû prendre six semaines, dure dix-huit mois !

Les réserves belges sont d’ailleurs les seules réserves étrangères confiées à la France qui tombent dans les mains allemandes. Curieusement, les diffamateurs du maréchal Pétain oublient toujours de dire que les réserves d’or de la Lettonie et de la Lituanie, elles-aussi confiées à la France, ne furent pas livrées, malgré les demandes insistantes et successives de l’URSS, puis, du Reich. Ce faisant, la France refusait de reconnaître le bien fondé des annexions dont ces pays ont été l’objet.

Le gouvernement du Maréchal opposa également un refus en ce qui concerne l’or polonais : « Quant à l’or polonais la question fut posée par M. Hemmen le 20 septembre au cours d’un entretien avec M. de Boisanger. Celui-ci répondit que le gouvernement français avait la ferme intention de ne remettre l’or de Pologne à personne. A plusieurs reprises la délégation allemande revint à la charge. Un mémoire de la Banque de France exposant le point de vue français finit par clore la discussion tant nos arguments étaient décisifs. Le Reich ne se résigna jamais mais l’or polonais ne lui fut pas remis. »

Dès la signature de l’armistice, les Allemands tentent d’user de la ligne de démarcation comme moyen de pression sur le gouvernement français : « Ils entendaient briser une unité économique que trente générations avaient forgée. La France du Sud n’avait ni blé, ni sucre, ni pommes de terre, ni graines potagères, ni charbon, et peu d’orge et d’avoine. La France du Nord n’avait ni vin, ni huile, ni savon. Elle manquait de petit bétail, porcelets, lapins, volailles, pour reconstituer l’élevage dans les territoires dévastés, elle avait besoin des foins du Limousin et de la Crau, des produits d’alimentations du bétail fabriqués dans la région de Marseille, des engrais azotés fabriqués à Toulouse. Certains fromages, les châtaignes du Centre, les agrumes d’Afrique lui eussent été fort utiles.

            Le trafic par chemin de fer entre les deux zones était suspendu. Les activités industrielles qui subsistaient en zone libre déclinaient faute de produits complémentaires fabriqués en territoire occupé. Elles demeuraient inférieures à la moitié de la normale et certaines usines, comme les établissements Michelin, étaient sur le point d’interrompre le travail. L’interdiction de passage dans le sens nord-sud était à peu près général du fait des autorités allemandes. Aux deux lignes d’arrêt, à la limite des deux zones interdites du Nord et de l’Est, le blocage des trains de marchandises était absolu. Dans le sens sud-nord seuls passaient quelques trains de primeurs. La situation loin de s’améliorer s’aggravait. Les Allemands dressaient de nouvelles barrières, inventaient de nouvelles entraves. De notre côté nous devions, à regret, user de représailles et, dans le mouvement des marchandises de la zone libre vers le territoire occupé, les autorités françaises ajoutaient, par leur intervention nécessaire, au désordre provoqué par l’occupant. La situation n’était pas tolérable. La moindre reprise économique était subordonnée à des passages dont dépendaient l’approvisionnement des usines et la vente de produits fabriqués. L’interruption des échanges de valeurs paralysait la vie bancaire. La suppression de toute correspondance de zone à zone était une difficulté supplémentaire pour les affaires et une pénible privation pour les familles séparées. Aujourd’hui les années ont passé. Elles ont apporté le calme et l’oubli. En 1940 tous les Français souffraient de ces gênes inutiles. »

Grâce à la ténacité des négociateurs français, il est obtenu que les valeurs et marchandises puissent librement traverser la ligne de démarcation.

Au-delà du pillage immédiat de la France, les Allemands ont pour projet de mettre sous tutelle l’économie française par le biais de prises de participation. Grâce à l’activité énergique du ministère des finances, dont l’outil principal est le fameux décret du 24 octobre 1940, ils échouent : « En décidant, lors de la création du service chargé d’assurer l’unité de vues et la coordination nécessaires, qu’aucune cession, quelle qu’elle soit, ne pourrait être consentie sans autorisation, notre gouvernement avait fixé sa politique. Il s’agissait de défendre le capital français contre une mainmise étrangère, de lutter contre une perte d’autant moins tolérable que le prix payé par les acquéreurs proviendrait des sommes versées par la France. Tous les chefs d’entreprises à qui proposition était faite d’une participation allemande dans leur affaire, et qu’elle qu’en soit la forme : achat d’actions, augmentation de capital souscrite par le Reich, création d’une société nouvelle, acquisition d’une partie de l’actif social, recevaient pour instruction de répondre par une fin de non-recevoir. L’offre allemande n’était examinée que si elle était accompagnée d’une contrepartie réelle, c’est-à-dire si elle avait quelque utilité non seulement pour l’entreprise elle-même, mais pour l’économie française dans son ensemble. Les industriels français ont rapidement appris à connaître l’existence de ce service. Ils vinrent chercher auprès de lui conseils et appui.

            Malgré les activités allemandes, malgré l’importance des sommes dont le Reich disposait, malgré la perturbation supplémentaire créée par la liquidation forcée d’entreprises juives, le capital français fut à peine entamé. Dans des cas très nombreux, la proposition initiale des Allemands, qui prétendaient prendre une participation majoritaire dans le capital d’une entreprise française, a tourné court ou a dévié vers un accord technique ou commercial portant sur les procédés de fabrication, la fourniture des matières premières, les débouchés. Ainsi le service des intérêts étrangers en France put déjouer les manœuvres destinées à mettre la main sur la Compagnie des Batignolles (construction de locomotive), les Freins Westinghouse, Rhône-Poulenc, les Ateliers et Chantiers de la Loire, la Compagnie générale de Construction mécanique, le Comptoir de l’Industrie du Sel, les établissements Hutchinson, sur des filiales des établissements Kuhlmann, de la compagnie de Saint-Gobain, de la société des automobiles Peugeot. […] En réalité le Reich agissait avec une certaine réticence lorsque nos refus l’obligeaient à en venir à une pression trop ouverte. Les Allemands préférèrent, c’est certain, des accords et des contrats à des mesures coercitives. L’habileté de nos fonctionnaires fut de savoir profiter de cet état d’esprit. Dès la fin de l’année 1940 nous pûmes constater que la fermeté était efficace et que la résistance portait ses fruits.

            Pour l’ensemble du secteur industriel français, le gouvernement ne céda que dans deux cas : celui de l’industrie des matières colorantes (fondation de la société « Francolor »), celui de l’industrie des textiles artificiels (création de « France-rayonne »). Pour être plus complet, on doit en ajouter un troisième, celui des « Carburants français », mais beaucoup moins important. »

Le cas de la société Francolor est particulier. En 1927, les fabricants français de matière colorantes avaient conclu une entente avec leurs homologues allemands, entente qui fut étendue à l’industrie suisse en 1929 et à l’industrie anglaise en 1932. Suite à l’invasion de la France, les industriels allemands décident que l’entente est rompue et qu’un nouvel accord doit lui succéder. Aux termes de cet accord, l’exploitation des usines françaises serait confiée à une nouvelle société, dont 51 % du capital appartiendrait à l’IG Farbenindustrie. Au mois de mars 1941, les industriels français et le gouvernement se rallient à cette formule, pour éviter la réquisition des usines ou la translation en Allemagne du matériel de production. Une double condition est cependant fixée : le PDG doit être français, tandis que les administrateurs français et allemands doivent être égaux en nombre. Grâce à ces garde-fous, Francolor peut rester indépendante. Malgré les pressions et les menaces, la société ne produit ni explosif ni gaz de combat pour le Reich.

En 1940, l’industrie textile française employait 700.000 ouvriers et consommait 540.000 tonnes de matières textiles diverses, dont seules 25.000 tonnes étaient produites par la France. En coupant les circuits économiques, la guerre rend l’importation des matières premières nécessaires impossible. L’industrie textile est sur le point de s’arrêter lorsque les Allemands, champions du textile artificiel, proposent aux Français le marché suivant : en échange de la fourniture des brevets et des matières premières adéquates, serait constitué une société franco-allemande, nommée « France-Rayonne ». C’est à ce prix que l’industrie du textile français est maintenue en activité.

La problématique de la société des Carburant français est identique. La France est en disette de pétrole. Pour faire face, il faut obtenir des Allemands des gazogènes à bois, et c’est à cet effet que la société des Carburants français et la société Imbert sont constituées avec une prise de participation allemande de 33 % dans le premier cas et de 50 % dans le deuxième.

Au final, la voracité allemande est très largement contenue par l’action des autorités françaises : alors que les Allemands disposaient de 260 milliards de francs (233 au titre des frais d’occupation et 27 au titre des exportations françaises), le capital allemand ne put prendre des participations qu’à hauteur de 600 millions de Francs. Compte tenu des circonstances tragiques dans lesquelles il fallait agir, Bouthillier, se félicite de son bilan : « Pour juger sainement de ces affaires au récit austère et déplaisant, je convie le lecteur à un double effort d’imagination. Veut-il essayer de se représenter l’ensemble des affaires et des industries françaises, le nombre de sociétés en cause, leur diversité, l’importance d’un actif se chiffrant par centaines de milliards ? Veut-il ensuite revivre les jours du désastre, le sombre automne qui le suivit, ressusciter dans son esprit cette force répandue autour de nos biens dans la nuit qui tombait sur la France ? Peut-il faire renaître en lui la tension douloureuse qui ne laissait place alors qu’à la volonté, à l’espoir irraisonné et à la foi […] Je dis que quiconque refuse de se laisser emporter dans un monde imaginaire construit par des esprits superbes, la participation de l’ennemi à nos affaires fut sans importance et sans conséquences. Dans les conditions où nous avait laissées la défaite, ayant dû compter avec ce fait massif : la présence de la « Wehrmacht » protectrice des menées économiques des nazis, nous avons sauvegardé l’ensemble de l’industrie française au prix d’une infime participation allemande. »

Plus anecdotique, quoique significatif, le gouvernement de Vichy sauve les cloches de France des griffes nazies : « En France, comme dans tous les territoires occupés par ses troupes, le Reich fit la chasse aux métaux. Grâce aux gisements suédois et lorrains il possédait le fer. Mais il manquait de cuivre. Pendant notre passage aux affaires nous fûmes assez heureux pour contenir les projets de l’administration allemande en France touchant la réquisition des métaux dont son gouvernement était avide […]

            Il s’agit alors de la saisie d’un objet sacré, comme ces dieux domestiques qu’on ne pouvait retirer d’un foyer sans le détruire ou le ravager. Les cloches des 40.000 paroisses françaises étaient une proie tentante. Il sied aux régimes de violence, qui confondent la morale avec les ambitions et les convoitises d’une nation et d’une race, de faire cesser le branle, joyeux ou lent, dont les harmonies pénètrent les cœurs en se répandant sur la nature. Les nazis avaient conçu le projet de transformer le bronze des clochers en engins destructeurs. Projet digne d’une secte qui brûle ses morts !

            A la fin du mois d’août 1941, M. Barnaud ne pouvant plus se dérober à des sollicitations de plus en plus pressantes, dut saisir le Conseil des ministres. Depuis son entrée en fonction, la réquisition des cloches était l’objet de communications périodiques. Les plus récentes étaient du 10 juillet et du 18 août. Les services économiques de l’administration militaire en France envisageaient, pour atténuer les conséquences de la mesure, d’offrir à chaque paroisse du territoire occupé, la libération d’un certain nombre de prisonniers. Le Conseil des ministres, à l’unanimité, refusa.

            Mais il s’agissait de 18 000 tonnes de cuivre, quantité fort importante si l’on sait que les 6 000 statues fondues par les Allemands ne donnèrent finalement que 500 tonnes de métal. Le 4 septembre les autorités d’occupation revinrent à la charge. Le chef d’état-major des services administratifs notifia à M. Barnaud qu’il renouvelait sa demande et que si le gouvernement français lui opposait encore un refus, le « Militärbefehlshaber » prendrait les mesures qui lui paraîtraient propres à assurer la mobilisation des cloches. A deux reprises le gouvernement en délibéra de nouveau. Au Conseil des ministres du 25 octobre, alors que la saisie des cloches en territoire occupé était ordonnée pour le 3 novembre, le gouvernement maintint fermement ses refus. Les Allemands choisissaient les lendemains de la fête de la Toussaint, avec celle des Rameaux la plus populaire dans les campagnes françaises, pour faire taire les voix si douces à la solitude et au malheur.

            Le Maréchal était demeuré en France, pour contenir l’injustice ou le sacrilège. Défendre le bourdon des cathédrales, l’harmonie du carillon aux trois notes des doyennés, la volée monotone du clocher de village, était notre office. Que l’ennemi y porte lui-même la main sans le secours, sans la caution, sans la complicité du gouvernement français. Il fut décidé que l’amiral Darlan, vice-président du Conseil, s’adresserait au général Stulpnagel, commandant de l’administration militaire en France, pour la mettre en face de sa responsabilité […]

            Le gouvernement français espérait fermement qu’à la suite de cette intervention, le Führer accepterait de renoncer à sa décision première ou, tout au moins, d’en différer l’exécution. Notre refus porta son fruit. Un souci chassant l’autre, Hitler oublia les cloches de France ou n’osa plus s’en saisir. L’emporter à une certaine heure, c’est souvent gagner définitivement. On oppose parfois l’attitude de l’épiscopat belge à celle du nôtre face aux autorités d’occupation. En cette affaire, où tant d’intérêts conjoints se mêlaient, la comparaison n’est pas à l’avantage des Belges et de leur régime administratif. Les évêques belges protestèrent mais, sans le soutien d’un gouvernement, ils virent partir peu à peu la moitié de leurs cloches. Lors de la libération de la Belgique, 5 000 avaient pris le chemin de l’Allemagne et la fonderie. En France la même sonnerie fit naître encore, à la même heure, comme au temps de la paix et de la liberté, le recueillement et l’espoir. »

En dernier lieu, il convient d’évoquer le versant offensif de la politique du gouvernement de Vichy. Conformément à la stratégie expectante de Pétain, qui vise à reprendre le combat au moment opportun, le gouvernement remet sur pied une aviation militaire : « Pour bien comprendre la position du gouvernement français dans l’affaire, si longuement discutée, des fabrications d’avions commerciaux pour le Reich en territoire occupée et d’avions de guerre pour la France en zone libre, il est nécessaire d’avoir deux faits présents à l’esprit. Premier fait : l’aviation n’était pas considérée par la convention d’armistice comme un élément du maintien de l’ordre intérieur (article 4) et les usines de fabrications aéronautiques situées en zone libre devaient cesser toute activité (article 6). L’armée de l’Air était condamnée par l’armistice. Second fait : au mois de novembre 1942, lors du débarquement des Anglo-saxons en Afrique, les forces aériennes françaises comptaient 1000 avions modernes. Ainsi le gouvernement du Maréchal avait reconstitué une force aérienne supérieure à celle de 1939. Comment les ministères de l’Air et de la Production industrielle purent-ils y parvenir ?

Les généraux Weygand et Pujo d’abord, Huntziger et Bergeret ensuite, avaient établi, dans les premiers mois qui suivirent l’armistice un plan, reconstitution de notre armée aérienne. L’idée profonde du gouvernement du Maréchal se retrouvait, dans tous les domaines, identique à elle-même : remettre la France en ordre, attendre et refaire nos forces, afin de jouer un rôle déterminant, diplomatique ou militaire, lorsque le moment serait venu

Suite aux attaques anglaises de Mers-el-Kébir et de Dakar, les Allemands comprennent que les Français ont besoin de moyens militaires sérieux pour ne pas se faire dépouiller de leur empire par les Anglais. Après plusieurs mois de négociation, en juillet 1941, il est convenu que les Français pourront faire repartir leur industrie aéronautique si les usines de la zone occupée, menacées de réquisition, se mettent au service de l’armée allemande.

Pour atténuer cette contrepartie, les Français se donnent pour tâche de ralentir la production d’avion en zone nord, notamment en privant de financement les entreprises travaillant pour le Reich : « La présence de personne françaises à tous les échelons d’exécution du plan (et particulièrement aux plus élevés) permit de ralentir les fabrications faites en zone occupée pour le compte de l’occupant. Le frein fut général ; habile aussi puisqu’il réussit à être d’une efficacité extrême sans provoquer une rupture redoutable. Les Allemands protestèrent constamment que la production en Tchécoslovaquie et même en Pologne était très supérieure à celle que l’on constatait en France. Le rendement des usines françaises demeura donc constamment fort bas. Nous eûmes soin en refusant de garantir aux banques la « bonne fin » des affaires faites par les sociétés aéronautiques avec le Reich, d’en rendre le financement difficile. Le ministère de l’Air allemand fut obligé devant la carence des établissements de crédit français, de créer en territoire occupé une banque allemande, l’«Aéro-bank » qui s’efforça de suppléer à notre système bancaire volontairement défaillant. »

Conscient de la duplicité française, le maréchal von Rundstedt écrit au gouvernement français en date du 29 décembre 1942 pour demander que les moyens de production des usines françaises soient transférés en Allemagne. Le ministre de l’Air de l’époque, le général Jannekeyn, oppose un refus.

Vichy ne s’est pas contenté de rebâtir une aviation de guerre. Le relèvement de l’armée française a été un souci constant. En 1939 les dépenses militaires s’élevaient à 39 milliards de francs. En 1942, les crédits militaires atteignaient 34 milliards de francs : « La France de l’armistice, dix-huit mois après son désastre, s’apprêtait donc à dépenser pour refaire ses forces presque autant qu’au 1er janvier 1939, au plus fort de son réarmement. Combien de Français le savent ? ». Différence notable entre les deux budgets cependant, celui de 1942 accorde une place beaucoup plus grande à la formation des cadres et importance moindre à la construction militaire, armistice oblige.

Tout est fait pour restaurer la puissance militaire de la France : camouflage de matériel aux Allemands, plan de mobilisation clandestine et renforcement de l’armée coloniale : « Le ministère de la Guerre, directement ou indirectement, nous faisait financer : les 8 divisions métropolitaines (100 000 hommes), la gendarmerie (23 000 hommes), l’armée coloniale (190 000 hommes dont 135 000 pour l’Afrique du Nord), et 23 000 officiers et sous-officiers dissimulés sous des fonctions diverses. A ce chiffre de 330 à 340 000 hommes venaient s’ajouter les effectifs de l’armée de mer (70 000 hommes contre 82 000 en 1939) et de l’armée de l’Air (54 000 hommes contre 85 000 en 1939). Les troupes coloniales entretenues par le budget militaire des colonies comptaient 140 000 hommes, dont 120 000 soldats indigènes, qu’il faut se garder de confondre avec les 190 000 hommes de l’armée coloniale dont la dépense était payée par le budget du ministère de la Guerre. Ces troupes existaient déjà en 1939, mais elles ne dépassaient pas alors 65 000 hommes dont 46 000 soldats indigènes. L’augmentation fut donc rapide et considérable. C’est là un des traits de la politique militaire du gouvernement du Maréchal : le développement par tous les moyens de l’armée coloniale. Les services immenses rendus aux Alliés en Afrique par les généraux Noguès et Giraud, par le gouverneur général Boisson s’expliquent ainsi pour une grande part. »

A tous cela, il faut ajouter les 100 000 jeunes des Chantiers de jeunesse, à qui, en l’absence de service militaire, il est inculqué le devoir militaire. En janvier 1944, le chef des Chantiers, le général La Porte du Theil, est arrêté, puis déporté en Allemagne.

N’en déplaise aux tenants des idées reçues, l’épée française qui a été brandie contre l’Axe durant les campagnes de Tunisie, d’Italie, d’Allemagne et d’Autriche, a été forgée par le régime de Vichy : « Au total l’effort militaire de la France au début de 1942 aboutissait à une armée active de 700 000 hommes. La France défaite de 1940 avait appelé sous ses drapeaux, dix-huit mois après le désastre, presque autant de soldats que la France de 1939, pleinement libre de se protéger. Nos collègues militaires ont su refaire une armée. La campagne de Tunisie en 1943, la campagne d’Italie en 1944, sont les présents qu’elle fit à la patrie. Ces campagnes, si meurtrières et si glorieuses, témoignent de ce dont eût été capable la France du Maréchal en rentrant dans la guerre. Elles montrent que le point de vue de 1940, celui du bon sens et de la temporisation, n’excluait nullement pour l’avenir, et à une certaine heure, l’exaltation et la vaillance. Au mois de novembre 1942, tous ceux que le même effort et la même foi avaient uni pendant deux années furent accablés de douleur par le drame où la France perdit en vingt jours son armée métropolitaine et les deux tiers de sa flotte. Mais déjà l’armée d’Afrique étaient au combat.

            La bataille de Tunisie et cette marche du sud au nord de l’Italie, sans précédent dans l’histoire militaire, que des pertes sans mesure ne parvinrent point à rompre, sont aujourd’hui environnées d’un épais silence. La politique, cet art sordide de notre siècle, choisit entre les faits. Elle exalte les uns et supprime les autres. L’histoire rend aux héros ce que l’ingratitude ou le calcul s’efforce de leur ôter. »

A l’issue de cette lecture, une question se pose : que reste-t-il de l’accusation de trahison visant le maréchal Pétain ? De toute évidence, l’action d’Yves Bouthillier se situe à des années lumières de l’enseignement officiel et fait ressortir avec clarté que Philippe Pétain fut durant cette période tragique l’épée et le bouclier de la France.

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